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Depuis mercredi 6 juillet, c’est une véritable opération coup-de-poing qui se mène à travers le pays. Aujourd’hui, adultes mendiants et enfants de la rue arrêtés à travers le pays par une police à l’affût se comptent par centaines. Le gouvernement a décidé de nettoyer les villes de ces deux catégories de personnes pour « éradiquer la mendicité chez les adultes et chez le enfants en situation de rue ».

Cette opération survient à la suite de la mesure du pouvoir burundais d’interdire la circulation de ces personnes à compter du mardi 5 juillet 2022. Ladite mesure avait été annoncée le 27 juin, deux semaines auparavant, soit le délai donné aux mendiants adultes et aux enfants de la rue de vider les lieux.

C’est donc forte de cette « légitimité » que la police écume depuis mardi les rues des différentes villes à travers le pays pour arrêter « les récalcitrants ».

C’est ainsi que ce jeudi, et pour la seule ville de Bujumbura, 290 personnes, dont 200 adultes et 90 enfants, ont été arrêtées. Les premiers sont directement acheminés vers différents cachots de la police, les seconds, dans un centre de réhabilitation sis à Kamenge, au nord de la capitale économique.

« Les enfants de la rue vont être pris en charge dans les centre de réhabilitation, tandis que pour les adultes, leurs dossiers vont être confectionnés et remis à la justice, et ils seront sanctionnés conformément à la loi », a annoncé Félix Ngendabanyikwa, porte-parole du ministère de la Solidarité nationale.

De fait, cette opération est menée conjointement par les ministères de la Solidarité, de la Sécurité et de la Justice, a précisé M. Ngendabanyikwa.

« Nous avons déjà trois centres qui vont nous aider pour l’encadrement de ces enfants, en attendant l’identification de leurs familles », a-t-il poursuivi.

Une politique de deux poids deux mesures

Si les enfants arrêtés à Bujumbura sont conduits dans des centres d’encadrement, ce n’est le cas de ceux des autres villes. A Ngozi, au nord du pays, par exemple, plus de trente enfants de la rue arrêtés entre mardi et mercredi ont, eux, été amenés au cachot de la police judiciaire de Ngozi.

Des témoins sur place indiquent que ce cachot ne dispose pas de cellule réservée aux mineurs. Ils sont donc enfermés dans les mêmes cellules que les adultes. Les jeunes garçons séjournent avec les hommes, et les jeunes filles avec les femmes.

« L’opération va se poursuivre jusqu’à ne plus voir aucun adulte mendiant ou enfant de la rue dans nos villes », a prévenu le porte-parole du ministère de la Solidarité, qui a néanmoins tenu à rassurer : « Ces actions seront menées dans le respect des droits de l’homme ». Mais ces propos tranchent d’avec ce qui s’observe dans l’attitude plutôt brutale de la police.

« On n’a nulle part où aller »

Mais le gouvernement risque d’avoir du pain sur la planche. Car les concernés ne comptent pas se laisser faire.

« Nous n’avons pas où aller. Nous ne mendions pas par plaisir », explique un mendiant interrogé par notre reporter à Bujumbura.

« Que les autorités nous donnent un capitale pour des activités génératrices de revenus, et nous allons alors quitter la rue », renchérit un autre mendiant.

De l’avis général tant chez les mendiants adultes que chez les enfants de la rue, il n’est pas question de laisser tomber la rue, car « c’est notre vie, c’est chez nous », insistent-ils.

Nombre d’entre eux disent ne pas avoir de familles. Pire, certains affirment ne même pas connaitre leurs lieux d’origine.

Au Burundi, le nombre d’enfants de la rue est estimé à plus de dix mille.

« Ceux qui mendient et ceux qui donnent subiront le même sort »

« Nous lançons également un appel pressant aux gens qui touchent dans leurs poches en donnant de l’argent à ces mendiants. Aujourd’hui nous sommes en train de nous occuper des mendiants, mais dans les tout prochains jours, on va se pencher sur les gens qui donnent. Parce que le Code pénal prévoit des sanctions pour les gens qui mendient et pour les gens qui donnent », a tranché Félix Ngendabanyikwa, porte-parole du ministère de la Solidarité nationale.

Gerard Nzohabona

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